> Pierre Soulages "Paris-New York"
(in catalogue de l'exposition "Paris-New York" au Centre G. Pompidou, Paris, 1977)

 

 

Peinture 1949
Huile sur toile, 195 x 130 cm
Appartient à l'artiste.

 

En 1948, j'eus la visite à l'improviste de James J. Sweeney, alors conservateur du Museum of Modern Art. J'avais 28 ans, c'était le premier conservateur de musée à entrer dans mon atelier et à s'intéresser à mon travail ; ce contact fut à la fois stimulant et très encourageant.

L'année suivante, la Galerie Betty Parsons organisa l'exposition "Painted in 1949" dans laquelle j'étais un des cinq peintres de Paris représentés, et je reçus aussi la visite d'un jeune américain Herman Cherry qui faisait des diapositives pour des conférences qu'il préparait sur la peinture en Europe. Lorsqu'il retourna à New York il accrocha au Club des artistes l'affiche que je lui avais donnée de l'exposition de peinture abstraite française qui circulait dans les musées allemands depuis 1948. Cette affiche qui reproduisait une de mes peintures fit sans doute plus que l'exposition "Painted in 1949" qui ne rencontra que peu d'échos.

En 1950, Sidney Janis, pour l'exposition "France-Amérique" qui eut lieu l'hiver suivant dans sa galerie choisit à l'atelier une grande toile, jugée plus tard, trop grande et remplacée sur sa demande par celle qui figura à l'exposition.

Bien que la Phillips Gallery de Washington ait acquis une peinture de 1951, le Museum of Modern Art en 1952, le Guggenheim Museum en 1953, ce n'est que cette même année 1953 à la suite de l'importante exposition "Younger european painters" au Guggenheim Museum que se sont considérablement développés mes rapports avec New York, plus précisément avec les collectionneurs grâce à la Galerie Kootz qui dès cette époque montra mes peintures, cela durant douze ans jusqu'à la retraite de Sam Kootz. J'ai eu dans cette galerie une dizaine d'expositions personnelles. Mais il y eut aussi dans cette période des expositions de groupe marquantes comme "The new decade" en 1955, choix restreint d'artistes fait par le Musem of Modern Art où je figurai dans un ensemble de plusieurs toiles.

Aussi quand j'allais pour la première fois à New York en 1957 je n'y étais pas un inconnu, j'y avais des amis, j'y rencontrai beaucoup de collections et aussi la plupart des artistes américains du moment : Baziotes, Brooks, Ferber, Frankenthaler, Gottlieb, Guston, Hoffmann, Kiesler, Kline, De Kooning, Lassaw, Liberman, Lippold, Motherwell, Nevelson, Reinhardt, Reznick, Rothko, Steinberg, Tobey, Yunkers, etc. et plus tard Bontecou, Indiana, Jenkins, Marcarelli, Newmann, Rosenthal, Sander, Tony Smith, etc. L'accueil des artistes, réticent d'abord pour certains, fut finalement chaleureux et je me liai d'amitié avec plusieurs d'entre eux.

N.B.  Je ne mentionne que mes rapports avec New York et non pas avec les U.S.A. car il m'aurait fallu citer beaucoup de musées qui dès 1951 montrèrent mes peintures dans des groupes et où plus tard j'eus des expositions d'ensemble comme à Houston, Buffalo, Pittsburgh, etc.

Soulages, janvier 1977
(in catalogue de l'exposition "Paris-New York" au Centre G. Pompidou, Paris, 1977)

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